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Le PQ est-il à droite?

 

       En prenant fait et cause, dès les années 1980, pour le libre-échange à l’américaine, les dirigeants du PQ – nommément Parizeau et Landry, et par la suite Bouchard - se sont coincés dans une logique néolibérale qui les a amenés, une fois au pouvoir, à appliquer des politiques de droite, malgré une tradition et un discours soi-disant de centre-gauche. Pourquoi?

  Pourquoi l’Accord de libre-échange Canada-Etats-Unis (1989) ainsi que l’ALÉNA (1994) qui s’en est suivi ont-ils conduit les gouvernements qui les ont promus et ratifiés à embrasser les valeurs néolibérales qui caractérisent la nouvelle droite politique contemporaine? Parce que ce libre-échange nouveau genre, proposé et mis en oeuvre par les Etats-Unis, n’est pas un simple mécanisme destiné à faciliter la libre circulation des marchandises, mais un système dominé par la déréglementation et la privatisation, c’est-à-dire par une philosophie d’intervention minimale de l’État dans les domaines de l’environnement, de l’information, des droits sociaux et des droits des travailleurs. Ce qui est visé dans cette nouvelle génération d’accords, c’est avant tout la libre circulation des capitaux transnationaux et l’englobement des services, de la culture et de l’agriculture dans un marché global dérégulé.

  Cela explique pourquoi les gouvernements Bouchard-Landry ont pratiqué, au grand désarroi de leurs partisans et d’une grande partie de la population, un néolibéralisme de facto. On les a vu opter pour le laisser-faire dans des domaines aussi vitaux que l’environnement, l’agriculture, le logement social, le transport en commun, la concentration des entreprises, la concentration de la presse, la surexploitation des forêts et le sous-développement des régions périphériques. À part quelques rares bons coups à gauche, comme les garderie à 5 $, ils se sont généralement appliqués à rogner dans les dépenses sociales, ont cautionné les «clauses orphelines» au détriment des jeunes et laissé le système de santé déraper vers le privé.

© 2013 Jacques B. Gélinas