LE PARTENARIAT POUR LA SÉCURITÉ ET LA PROSPÉRITÉ EST MORT EN CATIMINI COMME IL A VÉCU

        Dans un article publié dans Le Devoir du 13 août dernier, je signalais que Dernière le sommet des trois Amigos tenu à Guadalajara, les 9 et 10 août, se cachaient quelque chose de plus important que le sommet lui-même : le Partenariat pour la sécurité et la prospérité (PSP), ainsi que son étonnante créature, un super-lobby trinational des affaires appelé Comité nord-américain pour la compétitivité (CNAC). Eh bien, surprise! Le PSP n’existe plus! Les trois grands chefs de l’Amérique du Nord continueront de se réunir chaque année, mais cette rencontre portera désormais le nom plus respectable de «Sommet des leaders nord-américains».

  Cachottiers comme toujours, les trois Amigos de Guadalajara nous ont joué un bon tour en faisant disparaître le PSP sans mot dire. Pour constater cette disparition, il faut aller sur le site spp.gov du gouvernement canadien qui note laconiquement : The Security and Prosperity   Partnership of North America is no longer an active initiative… Traduction de ce bref message : «L’initiative Partenariat pour la sécurité et la prospérité n’est plus en activité et, par conséquent, ce site ne sera plus mis à jour».

  Que s’est-il passé? Le PSP était une initiative de l’Administration Bush qui avait voulu, par le biais du PSP, donner plus de poigne à l’ALÉNA. Pour l’Administration Obama, les objectifs impériaux du PSP demeurent : arrimage de la sécurité au commerce, intégration des marchés de l’électricité, partage des ressources énergétiques et hydriques, alignement des réglementations du Canada et du Mexique sur celles des États-Unis. Mais le discours et la manière changent. Et peut-être autre chose aussi…

  Durant la campagne électorale, M. Obama a promis de réviser l’ALÉNA. Il le fera, mais pas dans le sens que le souhaite MM. Harper et Calderón. Ça se fera par le biais de la clause Buy American, ce qui signifie un peu plus de protectionnisme de la part des États-Unis. Quand ses deux collègues ont voulu lui faire récuser cette disposition, il a répondu : c’est pas moi, c’est le Congrès. Ce que les deux soi-disant amis du président des États-Unis n’ont pas compris, c’est qu’une puissance hégémonique n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts. Or, il se trouve que l’intérêt central du puissant voisin, c’est d’être à la fois protectionniste et libre-échangiste, selon un dosage dicté par ses propres besoins.

  Le PSP, en tant qu’alliance formelle disparaît, mais son rejeton incestueux, le CNAC, lui survivra. Les 30 chefs d’entreprises de ce super-lobby - représentant les 10 plus grosses compagnies de chacun des trois pays - continueront de se réunir et de conseiller les gouvernements, comme ils en ont reçu le mandat explicite en 2006. Il faut lire en ce sens la lettre pathétique de cinq pages qu’ils ont fait parvenir aux trois Amigos, quelques jours avant le sommet de Guadalajara. La lettre se termine par cette insistante offre de services : «Le CNAC est toujours prêt à vous offrir  idées et expertises et nous espérons que les trois gouvernements vont continuer de consulter le CNAC».

  D’autres créatures du PSP survivront aussi, dont ces nombreux groupes de travail chargés de faire avancer en permanence l’harmonisation des réglementations entre les trois pays. Parmi ces groupes, signalons le Comité sur les réglementations en alimentation et en agriculture et le Comité nord-américain sur la biotechnologie dont la mission est de produire une réglementation commune concernant les organismes génétiquement modifiés (OGM).

  Les mouvements sociaux qui ont manifesté contre l’opacité et la malfaisance du PSP doivent-ils célébrer sa disparition? En un sens oui, car ils ont contribué à rendre les politiciens un peu moins arrogants. Par ailleurs, ils doivent savoir que s’agissant d’un si puissant empire, le discours peut changer sans que les objectifs fondamentaux ne bougent.

© 2013 Jacques B. Gélinas