DE L’ALÉNA À LA ZLEA

      Le projet d’une Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA) vise à regrouper sous un même traité tous les États du continent, à l’exception de Cuba. Les 34 pays candidats à cette alliance formeraient alors la plus vaste zone de libre-échange au monde. La plus inégalitaire aussi. Cette zone engloberait 800 millions d’habitants affichant un PIB de 13 000 milliards de dollars us. À noter que le PIB des Etats-Unis – 10 400 milliards de dollars – dépasse à lui seul,et de cinq fois, le PIB combiné de tous les autres pays de la région. À titre de comparaison, celui du Brésil est de 450 de dollars us, celui du Chili, 64 milliards et celui de la Bolivie, 8 milliards.

  Les négociations devant conduire à la signature de l’Accord de libre-échange des Amériques (ALÉA) ont été lancées à Miami, lors du premier Sommet convoqué par le président Clinton en 1994. Un deuxième Sommet a eu lieu à Santiago du Chili, en avril 1998, et un troisième à Québec, en avril 2001. Réplique élargie de l’ALÉNA – chapitres X et IX compris -, l’ALÉA, s’il devait se réaliser tel que prévu initialement, constituerait le régime le plus englobant du monde en matière de commerce international et d’investissements directs à l’étranger.

      Pour mener à bien les négociations, un dispositif permanent et complexe a été mis en place qui comprend, à la base, neuf groupes d’experts et de fonctionnaires. Ceux-ci travaillent sans relâche sur neuf thèmes : l’accès aux marchés, les investissements, les services, les marchés publics, l’agriculture, les droits de propriété intellectuelle, les subventions antidum­ping et les droits compensateurs, les politiques de la concurrence et le règlement des différends. Les entreprises privées y sont représentées par l’Americas Business Forum où prédominent les multinationales étas-uniennes. La Banque mondiale intervient par le truchement de sa filiale régionale, la Banque interaméricaine de développement.

      L’Administration états-unienne avait décrété que l’ALÉA devait être conclu et signé en 2005. Cette volonté s’est brisée sur l’opposition du gouvernement de Luis Ignacio «Lula» da Silva au pouvoir depuis le 1er janvier 2003. Appuyé par la société civile brésilienne et mondiale, le Brésil a décidé de se tenir debout face aux ambitions du géant du Nord. Pour la première fois depuis le lancement du projet, il y a 10 ans, les Etats-Unis ont frappé un nœud. Devant l’opposition ferme du Brésil, de l’Argentine et du Venezuela à l’ouverture tous azimuts de leurs frontières aux capitaux et aux produits du Nord, l’Oncle Sam a reculé plutôt que de risquer un humiliant échec. Il a alors sorti de sa manche un Plan B. Au quatrième Sommet des Amériques tenu à Monterrey, en janvier 2004, il a proposé «une ZLÉA à la carte» où chaque pays serait libre d’y inclure les éléments de son choix. Ce qui signifie en pratique la mort du projet initial.

  Cependant, le Plan B comprend un autre volet. Les États-Unis poursuivront sans désemparer les mêmes objectifs par une autre voie plus pernicieuse encore : la conclusion d’accords bilatéraux avec chaque gouvernement pris isolément, en commençant par les plus soumis, comme le Chili – qui a déjà signé – et les plus dépendants comme la Bolivie, l’Équateur, la République dominicaine et les pays de l’Amérique centrale. Ces accords bilatéraux, plus aliénants encore que l’ALÉNA, auront pour effet de conditionner à la baisse les autres accords commerciaux en vigueur dans la région.

Le projet d’une Zone de libre-échange des Amériques

© 2013 Jacques B. Gélinas